• Des renforts pour éviter les phénomènes de contagion

    C. C.
    27/11/2007 | Mise à jour : 09:43 |
    .

    Des images amateurs des violences de villiers-le-Bel circulaient dès hier sur Internet, alimentant la rumeur des cités.

    Deux adolescents tués dans une cité lors d’une collision avec une patrouille de police avant que n’éclate l’émeute. Les scènes de violences de Villiers-le-Bel dans le Val-d’Oise risquent-elles de se propager à travers la banlieue ? Deux ans après la déferlante de violences urbaines de l’automne 2005, au lendemain de la mort de deux jeunes à Clichy-sous-Bois,la banlieue va-t-elle s’embraser à nouveau ?

    Dès hier matin, sur Internet, la diffusion de plusieurs documents amateurs était susceptible de jeter de l’huile sur le feu. Ainsi, un jeune d’origine africaine établi dans le département soutenait que le drame avait été précédé, la semaine dernière, d’accrochages avec les policiers qui auraient tiré au flash-ball. La vidéo a été visionnée à plus de 8 200 reprises. Un autre «témoignage à chaud d’un habitant du quartier» présente Villiers sous les traits d’une citadelle assiégée par des cohortes de policiers brandissant des matraques. Selon cet anonyme, les «victimes ont été pourchassées» avant de mourir. La rumeur a été relayée en 4 000 «clics» sur le Web. Enfin, un film amateur, visionné là encore par 9 000 internautes, montre un long convoi de cars de police quadrillant le secteur à la nuit tombée. «Ce genre d’images, faisant penser à un état de siège, frappe les jeunes esprits dans les banlieues où toutes les occasions d’en découdre sont bonnes», grimace un fonctionnaire des Renseignements généraux.

    Dans la foulée des incidents de Villiers-le-Bel, un hôtel de police de Seine-et-Marne a été caillassé. En Seine-Saint-Denis, une vingtaine de voitures ont été incendiées et des attroupements hostiles se sont formés au passage de pa­trouilles. «Mais nous ne remarquons pas encore de coagulation particulière, ni de solidarité avec les jeunes du Val-d’Oise», considère un responsable policier du «9-3».

     

    Prévenir «tout nouvel incident»

     

    Comme dans les autres départements de la couronne parisienne, la sécurité publique devrait renforcer sa présence dans les zones les plus à risques. Ainsi, pas moins de deux unités de maintien de l’ordre, soit 160 hommes, appuyaient les effectifs de Villiers-le-Bel.

    N’excluant plus que les incidents fassent tache d’huile, les procureurs généraux de Versailles et de Paris ont demandé hier aux parquets de mettre en place «tous les moyens nécessaires pour apporter une réponse judiciaire dans les jours et les semaines qui viennent».

    À la Direction générale de la police nationale, le calme semblait cependant de mise. «Nous sommes vigilants, concédait-on hier place Beauvau. En 2005, la mèche a bien pris sans que l’on sache vraiment pourquoi.» À l’époque, les émeutes avaient démarré au début d’un week-end et une bombe lacrymogène, lancée dans une mosquée, avait largement avivé les tensions. «Éviter coûte que coûte tout nouvel incident» : tel était hier le credo des policiers et gendarmes. «Nous ne sommes pas à l’abri d’une propagation», analyse Christophe Soullez qui publie un «Que sais-je ?» (PUF) intitulé Les violences urbaines. Selon ce criminologue, le mécanisme des émeutes repose, depuis quinze ans, sur d’intangibles ressorts : «D’abord, un accident oppose les jeunes vivant sur un microterritoire aux forces de l’ordre. Puis, une suspicion de bavure engendre un sentiment d’injustice, puis une réaction de vengeance et de révolte. Enfin, la rumeur se propage...»

    Par un pervers effet mimétique, d’autres bandes de cité veulent à leur tour un instant de gloire au journal de 20 heures. Sans figure de proue, ni revendications construites, le phénomène se ré­pand alors à travers le pays de manière anarchique. Ces éruptions, par nature imprévisibles, de­viennent le casse-tête des services de renseignements.

    .
    .
  • À la une

.
.